Pour accompagner Vadim dans sa construction d'homme,  En souvenir d'Arezzo nous emmène en Toscane, entre Cortone, Montepulciano et Arezzo, mais aussi dans la Drôme, près de Nyons, avec l'olive et Mérimée comme fils conducteurs.


Les premières lignes de la nouvelle ...



  J'aime seulement lire les livres neufs que je peux déflorer moi-même, et pourtant je vais chez les bouquinistes à la rencontre d’ouvrages ayant déjà une histoire. Eux, je ne les lirais pas. Ils resteront sur les rayonnages de ma bibliothèque. Sans doute une réminiscence de l'enfance où ma mère trouvait ces vieux livres étaient obligatoirement sales. Il fallait se laver les mains au savon après les avoir consultés, et surtout, ne pas les emporter au lit. La maladie ou l’épidémie étant sans doute tapis, prêts à bondir.
En entrant dans cette petite boutique de Nyons, proche de la boulangerie où Barjavel avait grandi, je fus attiré par une caisse en bois. Elle était emplie de livres, rangés comme s’ils ne l’avaient jamais été.
La caisse était simple, en bois brut, mais légèrement ciré, juste ce qu’il fallait pour être un objet de décoration sans pour autant perdre son âme et son identité. A l’origine, c’était apparemment une ancienne caisse de maraîcher. Deux initiales avaient été peintes côte à côte, un V et un D.
J’allais l’acheter, j’en étais sûr. En revanche  l’objet en tant que tel n’était pas le seul à m’intéresser. Je commençais aussi à feuilleter les livres. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que tous, sans exception, en premier page, avaient été gaufrés par une pince. En relief apparaissaient aussi un V et un D.

Il y a des noms qui sont difficiles à porter. Pour Vadim, Dalton en était un, et c’était le sien. Personne ne retint l’intelligence de John ou le sex-appeal de Timothy. L’allusion perpétuelle concerna la bêtise d’Averell ! Quant à son prénom, avec une mère allant parfois au cinéma et un père amoureux de Bardot, ce fut une évidence.

Son patronyme lui coûta autant qu’il l’aida.

Pour l’enfance, il fit office d’enclos. Vadim s’y trouva muré. A force d’encaisser les quolibets , il préféra l’isolement de sa solitude d’enfant unique. Le miroir de son armoire devint  son  public. Face à lui il créa ses personnages. Il façonnait leur  caractère, mesurant qualités et défauts. Aimant parler, il imaginait des dialogues, qu’il répétait sans cesse afin de les connaître par coeur.  Sa chambre devenait alors un théâtre où Vadim s’inventait.