
PraVDa est dans cette nouvelle la vérité, bien avant la Révolution Russe. Elina connaîtra tout autant la vérité que la révolution ... même si ses pas la portent avec d'autres russes blancs jusqu'à Ugine en Savoie. La liberté, après la vérité ....
Les premières lignes de la nouvelle :
La réalité était manifeste, mes vacances d’été se terminaient. Cette brocante dominicale allait m’offrir l’illusion de les prolonger encore un peu. Après la beauté des rives du lac d’Annecy, Ugine me parut bien triste, sacrifiée au consortium métallurgique qui lui avait donné son identité.
J’y fus attiré par un immonde bric à brac d’où on ne pouvait qu’extraire le néant ou le trésor inestimable. Derrière ce foutoir qu’un grenier n’aurait même pas voulu reconnaître, trônait l’homme qui allait avec. Devant lui, une boîte à biscuits, d’où je vis dépasser l’extrémité d’un petit objet. Il était en bois et s’emmanchait dans une pièce en cuivre ronde. On aurait dit un tampon. En y regardant de plus près, je vis qu’il s’agissait d’un sceau à galettes servant à marquer la pâte encore crue.
L’ensemble était en mauvais état, mais une fois le bois ciré et le cuivre rajeuni, j’imaginais tout à fait bien l’objet au milieu des autres déjà collectés. En grattant avec l’ongle de mon pouce, j’enlevais un mélange de poussière et de terre, laissant ainsi apparaître une inscription. Il y avait une date, 1895, un motif floral au centre, et un mot, praVDa. Le V et le D avaient un graphisme différent des autres lettres, sûrement pour l’équilibre de la composition. Mon vendeur pensait que vu le nombre de Russes à Ugine, cela devait être un objet communiste, d’où son nom de Pravda.
Il n’était pas utile d’être spécialiste du sujet pour saisir le manque de véracité de cette explication. Les Russes d’Ugine s’étaient exilés suite à la Révolution bolchevique, donc ils étaient blancs et non rouges. La première parution de la Pravda était quasiment postérieure de vingt ans à la date indiquée. L’objet était un moule à galette, sans lien apparent avec les préoccupations politiques de Lénine. . Cette triple énigme laissait imaginer que son histoire était hors du commun. Le mystère était là, je m’en emparai pour cinq euros.
Lorsqu’Amélia décida de rompre leurs fiançailles deux mois avant leur mariage, Bastien Monservin comprit que sa vie ne continuerait pas à Saint Malo. Comme il avait lu quelques années auparavant le roman de Jules Verne, il décida que son aventure ne serait pas au-delà des mers, mais à l’est du continent européen, au cœur de la Russie.
Quand il arriva à Kougnardorsk, Bastien fut de suite mis en confiance par le cuisinier du domaine. Il était français comme lui, mais d’origine bourguignonne. Cet homme jovial au visage rubicond éveillait de suite la sympathie. En cette fin du XIX ème siècle, il n’était pas étonnant de trouver des Français au plus profond de la Russie. Dans la noblesse et la grande bourgeoisie, c’était en effet une tradition, quasiment une obligation, d’accorder sa confiance aux Français, tant pour les nourritures terrestres que spirituelles.
Bastien fut moins attiré par Paul Courtel, le précepteur normand, dont la physionomie anguleuse et le regard noir, provoquaient d’emblée une retenue certaine. Cela ne l’affecta pas, sa fonction de pâtissier le laissant plutôt dans le sillage du maître queue dijonnais.
Georges Sennecey prit de suite Bastien sous sa coupe et installa sa malle dans une chambre proche de la sienne. Elle était située sous les combles, dans un confort sommaire, mais parfaitement convenable. La pièce était blanchie à la chaux, il y avait un lit en fer dans l’un des angles. Celle de Paul Courtel n’était sans doute pas différente, mais elle était près des appartements privés, à proximité des chambres de Kassian et Elina.


J’y fus attiré par un immonde bric à brac d’où on ne pouvait qu’extraire le néant ou le trésor inestimable. Derrière ce foutoir qu’un grenier n’aurait même pas voulu reconnaître, trônait l’homme qui allait avec. Devant lui, une boîte à biscuits, d’où je vis dépasser l’extrémité d’un petit objet. Il était en bois et s’emmanchait dans une pièce en cuivre ronde. On aurait dit un tampon. En y regardant de plus près, je vis qu’il s’agissait d’un sceau à galettes servant à marquer la pâte encore crue.
L’ensemble était en mauvais état, mais une fois le bois ciré et le cuivre rajeuni, j’imaginais tout à fait bien l’objet au milieu des autres déjà collectés. En grattant avec l’ongle de mon pouce, j’enlevais un mélange de poussière et de terre, laissant ainsi apparaître une inscription. Il y avait une date, 1895, un motif floral au centre, et un mot, praVDa. Le V et le D avaient un graphisme différent des autres lettres, sûrement pour l’équilibre de la composition. Mon vendeur pensait que vu le nombre de Russes à Ugine, cela devait être un objet communiste, d’où son nom de Pravda.
Il n’était pas utile d’être spécialiste du sujet pour saisir le manque de véracité de cette explication. Les Russes d’Ugine s’étaient exilés suite à la Révolution bolchevique, donc ils étaient blancs et non rouges. La première parution de la Pravda était quasiment postérieure de vingt ans à la date indiquée. L’objet était un moule à galette, sans lien apparent avec les préoccupations politiques de Lénine. . Cette triple énigme laissait imaginer que son histoire était hors du commun. Le mystère était là, je m’en emparai pour cinq euros.
Lorsqu’Amélia décida de rompre leurs fiançailles deux mois avant leur mariage, Bastien Monservin comprit que sa vie ne continuerait pas à Saint Malo. Comme il avait lu quelques années auparavant le roman de Jules Verne, il décida que son aventure ne serait pas au-delà des mers, mais à l’est du continent européen, au cœur de la Russie.
Quand il arriva à Kougnardorsk, Bastien fut de suite mis en confiance par le cuisinier du domaine. Il était français comme lui, mais d’origine bourguignonne. Cet homme jovial au visage rubicond éveillait de suite la sympathie. En cette fin du XIX ème siècle, il n’était pas étonnant de trouver des Français au plus profond de la Russie. Dans la noblesse et la grande bourgeoisie, c’était en effet une tradition, quasiment une obligation, d’accorder sa confiance aux Français, tant pour les nourritures terrestres que spirituelles.
Bastien fut moins attiré par Paul Courtel, le précepteur normand, dont la physionomie anguleuse et le regard noir, provoquaient d’emblée une retenue certaine. Cela ne l’affecta pas, sa fonction de pâtissier le laissant plutôt dans le sillage du maître queue dijonnais.
Georges Sennecey prit de suite Bastien sous sa coupe et installa sa malle dans une chambre proche de la sienne. Elle était située sous les combles, dans un confort sommaire, mais parfaitement convenable. La pièce était blanchie à la chaux, il y avait un lit en fer dans l’un des angles. Celle de Paul Courtel n’était sans doute pas différente, mais elle était près des appartements privés, à proximité des chambres de Kassian et Elina.
